Jardins de soins conception

Les jardins thérapeutiques : quand le jardin devient un outil de soin

Après la première série d’article de #Visites de jardins, nouvelle catégorie sur le blog de Sillage Botanique !  Dans cette nouvelle série d’articles, j’ai envie de vous emmener à la découverte des différents types de jardins que l’on peut rencontrer aujourd’hui : jardins nourriciers, jardins partagés, jardins sensoriels, jardins forets… et cette semaine, focus sur un sujet aussi passionnant qu’essentiel : les jardins thérapeutiques.

 

Longtemps considérés comme de simples espaces verts, les jardins thérapeutiques sont aujourd’hui reconnus comme de véritables outils d’accompagnement du soin. Pensés pour le bien-être physique, mental et émotionnel, ils trouvent leur place dans les hôpitaux, EHPAD, établissements médico-sociaux ou lieux de rééducation . Dans cet article, je vous propose de comprendre ce que sont les jardins thérapeutiques, à quoi ils servent et comment ils fonctionnent, tout en mettant en lumière le travail de professionnels engagés dans cette approche du soin par le vivant.

Qu’est-ce qu’un jardin thérapeutique ?

Un jardin thérapeutique est un espace extérieur (ou parfois intérieur) conçu spécifiquement pour avoir un impact positif sur la santé physique, psychique, émotionnelle et sociale des personnes qui le fréquentent. Selon la définition officielle adoptée par l’AHTA, « un jardin thérapeutique est un environnement dominé par les plantes, conçu pour faciliter l’interaction avec les éléments thérapeutiques de la nature. »

Contrairement à un jardin décoratif classique, il est pensé en lien direct avec les usages, les pathologies, les capacités et les besoins des publics concernés :

  • personnes âgées,
  • personnes en situation de handicap,
  • patients atteints de maladies chroniques,
  • personnes souffrant de troubles cognitifs (Alzheimer, troubles neurodéveloppementaux…),
  • patients en rééducation,
  • mais aussi soignants et aidants.

On parle parfois aussi de jardin de soin, jardin de bien‑être, jardin de santé ou encore jardin à visée thérapeutique. Le principe reste le même : utiliser le contact avec le végétal et le vivant comme support thérapeutique.

À quoi sert un jardin thérapeutique ?

Les bénéfices des jardins thérapeutiques sont aujourd’hui largement documentés par la recherche scientifique.

Ils permettent notamment de :

  • Réduire le stress et l’anxiété
  • Améliorer l’humeur et le moral
  • Favoriser l’apaisement émotionnel
  • Stimuler les capacités cognitives (mémoire, attention, repères spatio-temporels)
  • Encourager la mobilité et la rééducation physique
  • Maintenir ou recréer du lien social
  • Redonner un sentiment d’utilité et d’autonomie

Pour les soignants et les équipes encadrantes, ces jardins sont aussi de précieux alliés : ils offrent des espaces de pause, de respiration, et deviennent de véritables supports de médiation dans les soins.

Le jardin ne soigne pas « à la place » du soin médical, mais il l’accompagne, le soutient et l’humanise. Il permet d’être complémentaire aux soins purement médicaux.

Comment fonctionne un jardin thérapeutique ?

Un jardin thérapeutique efficace repose sur plusieurs piliers fondamentaux.

1. Les piliers du jardin de soins

Un jardin thérapeutique ne fonctionne pas par hasard.
Son efficacité repose sur plusieurs piliers fondamentaux, qui doivent être pensés ensemble dès la conception du projet.

=> Une conception pensée pour les usages et les publics

La conception est le socle de tout jardin thérapeutique.
Avant même de parler de plantes ou d’aménagements, il est essentiel de comprendre :

  • qui va utiliser le jardin,
  • dans quel cadre,
  • avec quels objectifs (soin, apaisement, stimulation, rééducation…).

Chaque jardin doit être sur mesure, adapté aux capacités physiques, cognitives et émotionnelles des usagers.
Un bon jardin thérapeutique est un jardin lisible, rassurant et cohérent, dans lequel chacun peut trouver sa place sans se sentir perdu ou en difficulté.

=> L’accessibilité pour tous

Un jardin de soin doit pouvoir être utilisé par le plus grand nombre.
L’accessibilité est donc un pilier central, et non un détail technique.

Cela passe notamment par :

  • des cheminements adaptés (largeur, revêtements stables, pentes douces),
  • des bancs et zones de repos régulières,
  • des bacs de plantation à différentes hauteurs,
  • une circulation fluide pour les personnes à mobilité réduite, les fauteuils roulants ou les déambulateurs.

Un jardin accessible est un jardin qui redonne de l’autonomie et permet à chacun de s’y déplacer en confiance.

=> La sécurité, condition indispensable au lâcher-prise

Pour que le jardin puisse réellement apaiser, il doit être perçu comme un espace sûr.

La sécurité concerne autant la prévention des chutes, la lisibilité des parcours, l’absence d’obstacles ou de zones à risque, que le sentiment de sécurité ressenti par les usagers et les équipes.

Lorsque la sécurité est bien intégrée dès la conception, elle devient invisible, et permet aux personnes de se détendre, d’explorer et de profiter pleinement du lieu.

=> Des espaces aux ambiances variées : zones intimes et zones partagées

Un jardin thérapeutique n’est pas un espace unique et uniforme. Il doit proposer différentes zones, adaptées aux besoins du moment. On y retrouve généralement :

  • des espaces intimes, calmes, propices à l’isolement, à la contemplation ou à la discussion en petit comité,
  • des espaces partagés, favorisant les échanges, les activités de groupe, les ateliers et le lien social.

Cette diversité permet à chacun de choisir son rapport au jardin : être seul, être accompagné, observer ou participer.

=> La vue sur le jardin : même sans y entrer

Un point souvent sous-estimé, mais pourtant essentiel :
le jardin commence par la vue que l’on en a, même depuis l’intérieur. Dès 1984, le chercheur Roger Ulrich a démontré que la simple vue sur un espace végétalisé pouvait réduire le stress, diminuer la perception de la douleur, accélérer le rétablissement des patients hospitalisés.

Ainsi, un jardin thérapeutique doit aussi être pensé :

  • depuis les fenêtres,
  • depuis les chambres,
  • depuis les espaces de soin ou de circulation.

Même les personnes qui ne peuvent pas sortir bénéficient alors des effets apaisants du paysage.

2. Une conception centrée sur l’humain

Mobilier adapté, gamme Eden, en vente sur urbencea
Plan de masse du jardin du CHU de St Etienne

Chaque projet doit être pensé sur mesure. Il n’existe pas de modèle universel, car les besoins diffèrent selon les pathologies, l’âge des usagers, le niveau d’autonomie, le contexte de la structure.

Accessibilité, lisibilité des cheminements, sécurité, zones de repos, contrastes visuels, hauteur des bacs, présence d’ombres… tout est réfléchi avec soin.

3. Des usages thérapeutiques encadrés

Un jardin thérapeutique prend toute sa dimension lorsqu’il est animé et intégré dans un projet de soin: ateliers de jardinage,  activités d’hortithérapie, moments de relaxation, temps de marche accompagnée, médiation par le végétal, etc.. C’est là qu’interviennent des professionnels formés.

L’hortithérapie : soigner avec le jardin

L’hortithérapie (ou horticultural therapy) est une approche thérapeutique qui utilise le jardinage et le contact avec les plantes comme outil d’accompagnement.

Elle repose sur des activités adaptées, encadrées par des professionnels, avec des objectifs précis :

  • thérapeutiques,
  • éducatifs,
  • sociaux,
  • ou de bien‑être.

Cette pratique est reconnue et développée dans de nombreux pays, notamment dans le monde anglo‑saxon.

👉 Pour en savoir plus :

Focus : Romane Glotain, une experte engagée des jardins thérapeutiques

Derrière ces jardins qui font du bien, il y a souvent des femmes et des hommes passionnés. Parmi eux, j’ai envie de vous parler de Romane Glotain, une professionnelle dont le travail mérite d’être largement mis en lumière.

Romane est spécialiste de l’hortithérapie et des jardins thérapeutiques. Son métier ? accompagner les personnes malades grâce au végétal, former et sensibiliser les soignants, accompagner les structures (hôpitaux, EHPAD, établissements médico‑sociaux, collectivités…) dans la création, l’aménagement et l’animation de jardins thérapeutiques. 

Conférencière, formatrice et praticienne de terrain, elle défend une vision du soin plus humaine, plus sensible et plus connectée au vivant. Son approche est à la fois scientifique, pragmatique, et profondément humaine. Elle travaille main dans la main avec les équipes soignantes pour faire du jardin un véritable outil thérapeutique, durable dans le temps et pleinement intégré au fonctionnement des structures.

👉 Découvrir son travail :

Pourquoi les jardins thérapeutiques font sens dans ma démarche

En tant que conceptrice paysagiste, je m’intéresse aux jardins qui vont au-delà de l’esthétique. Des jardins qui ont un rôle, une fonction, un impact réel sur le quotidien des personnes. Les jardins thérapeutiques font pleinement sens dans cette vision du paysage : ce sont des espaces pensés pour l’humain, conçus avec soin, écoute et humilité, et ancrés dans le vivant et les cycles naturels.

Ils rappellent que le paysage peut être un outil d’accompagnement, de réconfort, de lien et parfois même de reconstruction. Concevoir ce type de jardin, c’est accepter que le projet ne se mesure pas seulement en mètres carrés ou en palette végétale, mais aussi en ressenti, usages et bénéfices humains. C’est cette approche du paysage que je souhaite défendre à travers Sillage Botanique.

Votre jardin éco-responsable commence ici.

Suivez Sillage Botanique sur les réseaux !

Retour en haut